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Séance inaugurale, lundi 19 juin 2006 à 10h00
- Hymne national libanais : Ensemble de Musique Classique Arabe de l’UPA (EMCAUPA)
- Présentation de la coopération entre l’Université Paris Sorbonne (Paris IV) et l’Université Antonine :
P. Fady FADEL, Secrétaire général de l’UPA
- Séquence de musique syro-maronite : EMCAUPA,
direction : P. Youssef CHEDID, soliste : M. Mustafa SAID (Egypte)
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Allocution de l’Université Antonine :
Père Recteur Antoine RAJEH
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Séquence de musique médiévale européenne: EMCAUPA,
MM. Mustafa SAID et Michael HORANI
- Allocution de l’Université Paris Sorbonne (Paris IV) :
Professeur Nicolas MEEUS, Directeur adjoint de l’École doctorale, responsable de la formation doctorale en musicologie.
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Séquence de musique médiévale arabe : EMCAUPA,
direction : Dr Nidaa ABOU MRAD, soliste : M. Mustafa SAID
- Allocution du Dr Victor SAHAB,
Vice-président du Conseil International de la Musique
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Séquence de musique du Liban et du Levant du XIXe siècle (Mîkhâ’îl Mashâqa) :
MM. Nidaa ABOU MRAD et Mustafa SAID
- Allocution du Dr Kifah FAKHOURI,
Secrétaire général de l’Académie Arabe de Musique
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Présentation du colloque :
Dr Nidaa ABOU MRAD, Directeur de l’ISM-UPA
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Séquence de musique d’art ottomane au kémentché :
M. Fikret KARAKAYA, directeur de l’Ensemble BEZMARA – Turquie
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Allocution du Ministre de la Culture :
S.E. M. Tarek MITRI
Signature de la convention de coopération
avec l’Université Paris Sorbonne (Paris IV)
 
 
 
 
 
 
Présentation du P. Fady FADEL
Secrétaire Général de l’UPA
Après seize mois de négociation et de rapprochement des points de vue, nous entamons aujourd’hui l’étape officielle d’annoncer et de signer un partenariat et une coopération internationale entre l’Université Antonine d’un côté et Paris IV la Sorbonne de l’autre, dans le domaine de l’enseignement et de la recherche en Lettres et Sciences humaines, et plus spécifiquement, en Musique et Musicologie.
Or parler de coopération internationale à l’ère de la globalisation c’est se rendre compte qu’il s’agit de deux phénomènes sociaux majeurs, deux grandes mutations postmodernes. La raison de ces deux phénomènes contemporains se trouve, nous semble-t-il, dans le fait que nos sociétés sont désormais organisées autour de la production de savoirs, qu’elles ont glissé d’un mode de développement industriel à un mode de développement communicationnel et -conséquence directe- que ce ne sont plus les biens industriels mais bien les nouveaux savoirs qui constituent la force motrice de l’activité économique et sociale et ces nouveaux savoirs définissent la capacité d’innovation de nos sociétés. Ce faisant, le savoir change de statut et devient un bien qui se s’échange, s’exporte et s’importe comme tout autre produit.
Les conséquences pour le monde universitaire sont majeures. Qu’il suffise de rappeler ici que, dans cette société du savoir, les universités ont perdu le monopole de la production et de la diffusion de ces savoirs, que la présence d’autres acteurs qui ont désormais eux aussi cette capacité de production débouche sur de nouveaux partenariats ou de nouvelles alliances universités/institutions/entreprises et que, enfin, cela conduit à une réorganisation des activités de recherche dans le monde universitaire autour d’activités directement transférables et rentabilisables dans le monde de l’économie aux dépens de celles centrées sur le temps long et à impact économique différé. En d’autres termes, ces mutations sont potentiellement porteuses de nouveaux modes de fonctionnement, de nouvelles tensions et fractures dans le monde universitaire dont il importe de prendre la mesure exacte.
En matière de coopération internationale et dans son nouveau partenariat avec l’Université Paris IV la Sorbonne, l’Université Antonine souhaiterait réaliser les objectifs suivants :
Le premier objectif est de développer, au delà de l’ouverture aux réalités internationales, une compétence permettant à nos jeunes diplômés d’assurer des responsabilités dans un environnement fortement internationalisé.
Les composantes principales de la compétence recherchée sont :
une bonne maîtrise des langues ;
une capacité à communiquer, à s’exprimer, à évoluer efficacement dans les réseaux de communication internationaux. A cet effet, la formation à l’UPA tente d’apporter :
la capacité à apprendre des autres et l’ouverture culturelle nécessaire pour comprendre et éviter les antagonismes irrationnels ;
l’aptitude au travail en réseau malgré les différences d’approche et les difficultés de communication ;
Troisième composante de la compétence est la capacité à gérer la complexité, l’ambiguïté et l’imprécision des communications ; Cela suppose :
l’imagination et la créativité dans la découverte des solutions pratiques ;
l’indépendance et la capacité à travailler de manière autonome.
Le second objectif est l’internationalisation de l’UPA, ce qui l’oblige à se comparer aux meilleurs et à progresser. Elle implique au moins :
- d’expliquer et de défendre la qualité de ce qui est fait et proposé dans le modèle éducatif de l’UPA ;
- de consolider les courants de formation d’étudiants libanais en France et d’étudiants français au Liban ;
Le troisième objectif est de conduire nos étudiants à intégrer la dimension internationale dans leurs activités, et ce à travers :
- l’accueil dans nos formations d’étudiants français inscrits dans leur université d’origine, en l’occurrence Paris IV,
- l’organisation de stages d’immersion et voies d’approfondissement de nos cadres et étudiants à Paris, dans le cadre des programmes de Formation à/par la Recherche.
Le quatrième objectif est d’œuvrer avec notre nouveau partenaire à promouvoir la Recherche au sein de notre jeune Université et d’agir en fonction de cette ligne directrice. Il s’agit :
1- d’intégrer les matières de processus de recherche dans le cursus de premier et second cycles ;
2- de consolider notre DEA en Musique et Musicologie, et ce en le faisant reconnaître par notre Partenaire. Cela permettra aux étudiants distingués de poursuivre leur thèse à l’Université Paris IV.
3- de contribuer au financement des travaux de recherche des cadres et des doctorants ;
4- d’nstaurer la co-direction pour un passage vers la co-tutelle ;
5- de renouveler continuellement le programme de formation en fonction des avancées et des acquis de la Recherche ;
6- Et pourquoi pas, de commencer à travailler sur la fondation d’École doctorale Transnationale à moyen terme, en passant par la fondation de laboratoires de recherche à court terme, à l’instar de notre perspective en Sciences de l’Ingénieur en Informatique et Télécommunications et en Sciences du Sport.
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Cher collègues,
Comme vous le constatez, ces objectifs nous portent à considérer que nous ne sommes qu’au début de ce partenariat, mais tous ambitieux, enthousiastes et déterminés à le faire fructifier et à le mener à son terme, c’est-à-dire au développement durable de la culture et de la science.
L’ouverture à l’international n’est point étrange à l’action de nos partenaires de la Sorbonne, Paris IV en France et désormais aussi appelés Abou Dhabi 1 aux Émirates Arabes Unies.
Chers partenaires de Paris IV et de Abou Dhabi I soyez la bienvenue au Liban et à l’Université Antonine, terre d’accueil et de rayonnement de la culture, de la science et de la francophonie.
Merci et bonne continuation.
Présentation du P. Antoine RAJEH
Recteur de l’UPA
Excellence M. le ministre,
Mesdames et Messieurs
Dans cette grande foire musicologique hautement spécialisée, nous, profanes, avons à peu près le rôle que Pythagore assignait au philosophe, celui de contempler- la contemplation étant cette posture de l’esprit où l’entendement s’adonne aux caprices de la sensibilité, à ses séismes émotionnels et ses extases esthétiques avant de se ressaisir pour la solidifier en concepts et théories. Là où les chercheurs trouvent et les analystes prouvent, nous auditeurs nous contenterons de ce qui s’éprouve.
Pourtant, les contemplateurs que nous sommes jouissent d’un autre privilège celui de mesurer, de l’extérieur, l’éclat et l’impact de la rencontre de toutes ces expériences et qualifications musicologiques représentées par ses Excellences Révérendissimes et Messieurs les conférenciers et instrumentistes, venant de Paris, Belgique, Turquie, Giordani, Syrie, Egypte et du Liban certainement, autour d’un sujet épineux bien que très prometteur.
En effet, quoique peu qualifiés pour entrer dans les méandres techniques des problématiques étudiées dans ce colloque, nous sommes à même d’entrevoir le frottement démiurgique entre l’outillage analytique forgé en Occident, et les traditions musicales d’Orient, fraîchement amnistiées de leur délit d’altérité. Ces traditions que l’européocentrisme culturel avait délaissées dans les ténèbres externes des « musiques primitives », et qui ont accédé depuis quelques décennies seulement au droit à l’étude systématique, ne sont plus conçues comme des curiosités archéologiques ou anthropologiques, elles attirent vers leurs profondeurs vierges les meilleures énergies du domaine.
Et voilà le grec et le sémitique qui s’affrontent, se contaminent, s’exposent tous les deux aux merveilles hasardeuses de l’extériorité, manière de dire que la rencontre des deux rives de la Méditerranée a d’autres options que les croisades et les contre croisades.
Les traditions orientales dont les caractères mélodiques, rythmiques, formels et stylistiques n’ont évolué que très lentement, constituent aux yeux de la musicologie comparée des survivances médiévales, par contre, elles constituent, à nos yeux, bien plus qu’un anachronisme. Elles concrétisent une autre conception du temps que celle d’un Cronos dévorant ses enfants, elles portent l’empreinte de l’esprit qui les produisit. Cet esprit indifférent aux dichotomies caïnesques du sacré et du profane, et dont l’émotion esthétique et notamment musicale se couronne par l’incantation « ALLAH ! », égrène son histoire spirituelle pianissimo, loin des vertiges et galops de sa politique, qui n’est sienne que par intérim.
Le grec est explorateur, le sémitique est pèlerin. La mesure des parcours ne peut être la même qu’au prix de dénaturer ce qu’on mesure.
Mesdames et Messieurs,
C’est avec beaucoup de joie et une fierté que je ne saurai dissimuler que nous signions aujourd’hui une convention de coopération avec l’UFR de Musique et de Musicologie de l’Université Paris Sorbonne (IV) qui soutiendra un chantier de recherches communes dans le domaine.
Qu’il me soit permis d’exprimer haut et fort notre reconnaissance pour son Excellence le ministre de la culture Dr Tarek MITRI pour le soutien inappréciable qu’il a dispensé à notre colloque, couronné aujourd’hui par sa participation personnelle à cette séance d’ouverture.
Je profite également de l’occasion pour remercier les responsables de notre Institut supérieur de musique, le cher Directeur Dr Nidaa ABOU MRAD et ses collaborateurs les illustres professeurs que je salue chaleureusement. Cet institut occupe dans notre université ainsi que parmi les facultés de musique et de musicologie au Moyen-Orient un statut assez particulier grâce à leurs efforts. Merci aussi aux responsables des facultés et instituts des autres Universités consoeurs, aux illustres conférenciers et intervenants ainsi qu’à tous les participants.
Allocution du Pr. Nicolas Meeùs
Directeur adjoint de l’École doctorale
responsable de la formation doctorale en musicologie
Monsieur le Ministre de la Culture,
Père Recteur de l’Université Antonine,
Au nom du Professeur Jean-Robert Pitte, Président de l’Université de Paris Sorbonne, au nom du Professeur Frédéric Billiet, Directeur de l’UFR de Musique et Musicologie, en mon nom personnel, comme Directeur Adjoint de l’École doctorale « Concepts et Langages » et comme responsable des Études doctorales en musicologie, au nom de tous mes collègues, je tiens à vous dire notre profonde satisfaction de voir aboutir aujourd’hui le projet de convention entre nos universités, qui sera signée dans quelques instants, et sa concrétisation immédiate dans le colloque « Traditions musicales au carrefour du systématique et de l’historique » qui suivra.
Le Père Luc, mon compatriote et, à 96 ans, probablement le doyen d’âge de la communauté des pères antonins de Beyrouth, à qui je mentionnais la signature de cette convention entre l’Université Antonine et l’Université de Paris Sorbonne, m’a répondu avec humour : « Quel honneur pour la Sorbonne ! ». Il ne croyait pas si bien dire. Cette convention fait honneur à nos deux universités. Pour une université aussi ancienne que la Sorbonne, s’associer à une université aussi jeune et dynamique que la vôtre, c’est se redonner les moyens de la jeunesse, de la participation à une aventure commune de recherche scientifique.
La convention vise plus particulièrement la collaboration entre l’UFR de Musique et Musicologie de l’Université de Paris Sorbonne et l’Institut Supérieur de Musique de l’Université Antonine. Elle ouvre, pour nous en Sorbonne, un champ de recherche nouveau, celui des musiques modales orientales, que nous n’aurions pas pu aborder sans l’aide et l’expertise des chercheurs libanais. Elle ouvre pour nos étudiants, ceux des deux universités, la possibilité de participer à un vaste chantier de recherche collective dans l’un des domaines les plus fascinants de la musicologie d’aujourd’hui. C’est une occasion rare en sciences humaines.
Je voudrais préciser que cette convention n’est pas qu’un vœu pour une collaboration future : il s’agit plutôt de confirmer, dans l’engagement solennel signé aujourd’hui au plus haut niveau de nos institutions, une coopération déjà en cours, concrétisée par des participations à des journées d’études et par des publications. Le colloque qui s’ouvre aujourd’hui en est sans doute, jusqu’ici, la manifestation la plus importante ; mais ce n’est ni la première, ni la dernière. Je terminerai en remerciant ceux qui ont été les chevilles ouvrières de ce colloque : le Professeur Frédéric Billiet, qui serait ici aujourd’hui à ma place si ses charges de Directeur de l’UFR de Musique et Musicologie ne l’avaient retenu à Paris, et surtout le Dr Nidaa Abou Mrad, Directeur de l’Institut Supérieur de Musique, et son collaborateur le Dr Amine Beyhom.
Allocution du Dr. Victor SAHAB
Vice–Président du Conseil International de la Musique
L’UNESCO a récemment adopté le texte de la Convention de Protection et de Promotion de la Diversité des Expressions Culturelles, lors de sa dernière assemblée générale a Paris, le 21 Octobre 2005. De fait, 148 états membres votèrent pour la Convention, tandis que 4 s’abstinrent, et que seulement deux états votèrent contre, en l’occurrence les États-Unis d’Amérique et Israël.
Ce vote montre à quel point la diversité culturelle constitue un sujet d’unanimité presque universelle, et combien est difficilement défendable l’attitude de refus de la protection et de la promotion de cette diversité.
Malgré cette unanimité, malheureusement peu d’états dans le monde, en tout cas dans le monde arabe, se préoccupent de mettre en vigueur la logique de cette convention internationale.
En revanche, l’événement de ce jour va totalement dans le sens du respect par le Liban de l’esprit du 21 octobre 2005. En effet et d’abord : la convention de coopération interuniversitaire que l’Université Antonine va signer avec l’Université Paris Sorbonne (Paris IV), sous le haut patronage du Ministre libanais de la Culture, et qui porte sur le développement de l’enseignement universitaire et de la recherche musicologique en matière de traditions musicales méditerranéennes et péri-méditerranéennes, constitue, à cet égard, une initiative très significative sur le plan institutionnel académique.
De même, cet important colloque, avec les avancées scientifiques et culturelles qui s’y annoncent, en vue de la fondation d’une musicologie générale des traditions et de revigoration des traditions musicales, constitue un événement fondateur dans la logique de la Convention de Protection et de Promotion de la Diversité des Expressions Culturelles.
Le fait que la musicologie contemporaine, en rejetant les carcans hérités de l’époque coloniale, prenne désormais pleinement en compte les musiques savantes du monde, dans leur diversité, et propose leur étude selon des schémas cognitifs adaptés à leurs systèmes spécifiques, constitue, à lui seul, un événement qui fera date dans l’histoire de la discipline musicologique. Que les dignes représentants de la musicologie et de l’ethnomusicologie francophones ici présents soient salués pour cette avancée.
Les retombées de celle-ci sont en tout cas prometteuses pour le projet culturel musical au Liban, dans le monde arabe et, plus largement, en Orient. La formation des musiciens, des musicologues, des éducateurs de la musique, dans ce pays et dans cette région, a trop longtemps périclité en raison de la marginalisation des normes traditionnelles régissant la pratique et la théorisation des musiques locales, et ce, en raison d’une acculturation galopante, à forts relents commerciaux synergiques de la globalisation financière et économique. L’élaboration de schémas musicologiques nouveaux et pertinents pour mieux comprendre ces normes traditionnelles d’un point de vue théorique et afin de les appliquer à la pratique musicale, constitue le préalable obligé à la revigoration des traditions locales et régionales, condition de la diversité culturelle musicale souhaitée dans le concert des nations, au sein du village mondial en cours de constitution. C’est apparemment l’ambitieux projet de l’Institut Supérieur de Musique de l’Université Antonine, qui s’exprime à travers l’organisation de ce colloque.
Le Conseil International de la Musique, affilié à l’UNESCO, en vous apportant son plein soutien moral, place ses espoirs quant au développement musicologique et musical du Liban, dans de telles initiatives qui s’inscrivent dans la perspective de diversité, de rigueur et d’authenticité, qu’il poursuit sur le plan international.
Présentation du colloque par Dr. Nidaa Abou Mrad
Directeur de l’ISM-UPA
Le titre de ce colloque est trompeur, car il laisse entrevoir des spéculations complexes sans prise sur la réalité, au vu de la gravité de la situation de la musique au Liban et dans le monde arabe. Face à une pratique musicale assujettie aux normes du marché, de la globalisation et de la transculturation, face à des médias voués à la formation des vedettes, au culte de l’ego, face à des stratégies pédagogiques scolaires tournant le dos à la culture, il est légitime de s’interroger sur la pertinence d’un discours sur la tradition, voire de tout acte réflexif sur la musique.
Plutôt que de cultiver la résignation, le propos implicite de ce colloque est d’envisager une stratégie alternative. Qu’il s’agisse de vouloir établir un état des lieux, ou de proposer des schémas d’analyse ou des normes régulant l’enseignement et la pratique des musiques d’art, la musicologie, ou l’étude scientifique du phénomène musical, constitue un outil privilégié à ce titre.
Autrefois centrée et modélisée sur la musique savante européenne, selon les axes diachronique de la musicologie historique et synchronique de la musicologie systématique, cette discipline a récemment évolué, notamment dans le double sens de l’intégration de nouveaux outils scientifiques et de l’élargissement de son champ d’investigation analytique aux traditions musicales artistiques extra-européennes qui étaient la chasse gardée de l’ethnologie et de l’orientalisme.
Le premier axe de ce colloque consiste à contribuer à la formulation du projet de musicologie générale des traditions, en tant que composante de la musicologie générale en cours de constitution en Occident. La question des universaux en musique, inhérente à toute réflexion sur la notion de musicologie générale, est appelée à être envisagée sous un jour nouveau. La remise en exergue des interconnexions médiévales méditerranéennes des systèmes musicaux orientaux et occidentaux, permet, en effet, de révéler des similitudes qui enrichissent les investigations de la systématique diachronique. Ces notions seront débattues au cours des séances de la première journée du colloque.
De plus, cette focalisation favorise la synergie dans l’entreprise de revivification des musiques anciennes, les praticiens occidentaux profitant de la survivance des schémas communs anciens au sein des traditions vivantes des Orientaux et ces derniers appliquant à leur propre pratique la rigueur et la quête de l’authenticité cultivées chez leurs confrères occidentaux. Aussi le deuxième axe de ce colloque, développé en seconde journée, consiste-t-il à réfléchir sur la contextualisation musicologique des dynamiques de relance de la pratique des traditions musicales artistiques.
Il faut opérer, à cet effet, une distinction entre traditions réitératives et traditions initiatiques, les premières reproduisant les modèles hérités à l’identique, tandis que les secondes proposent des schémas de production de nouvelles réalisations à partir des paradigmes inhérents aux modèles véhiculés et ce, en vertu d’une norme transcendante. Si, dans le domaine musical, les premières sont strictement tributaires du sociologique, les deuxièmes survivent aux mutations de cet ordre. Tant que la chaîne initiatique n’est pas brisée et que la volonté de relance est exprimée, animée par le souffle de l’Esprit, de telles traditions peuvent se développer contre vents et marées.
L’Institut Supérieur de Musique de l’Université Antonine a, depuis cinq ans, axé son travail d’enseignement universitaire et de recherche sur les traditions musicales artistiques, sacrées et profanes, du Proche-Orient. Cette quête est allée à la rencontre des nouvelles orientations de l’UFR de Musique et Musicologie de l’Université de Paris Sorbonne, en direction des musiques monodiques modales. La convention de coopération interuniversitaire qui va lier ces deux parties, trouve sa première application publique dans ce colloque.
Celui-ci est le fruit des nouvelles orientations de l’Université Antonine en faveur du développement de la recherche scientifique fondamentale, suivant les directives du Père Recteur Antoine Rajeh et sous l’impulsion du Père Secrétaire Général Fady Fadel, avec l’appui du Père Administrateur Raymond Hachem.
Je dois noter l’apport crucial de mon collègue Amine Beyhom (Rapporteur du colloque) à la conception et à la préparation de cette manifestation, et ce, en étroite coopération avec les Professeurs Frédéric BILLIET, Nicolas MEEÙS et François PICARD, de l’Université de Paris Sorbonne, qui ont généreusement contribué à la réalisation de ce projet qui est tributaire de la participation de musicologues et de musiciens venant de sept pays. Autour des trois professeurs précités s’est constitué le Comité Scientifique qui a pour responsabilité la supervision de l’édition des textes du premier numéro de la Revue des Traditions Musicales des Mondes Arabe et Méditerranéen (RTMMAM), consacré à la thématique du présent colloque et qui paraîtra fin 2006 aux Publications de l’Université Antonine.
En somme, ce colloque, placé sous le haut patronage du Ministre de la Culture, loin de se perdre dans des spéculations inutiles, proposera des pistes concrètes en vue du redressement de la situation musicale de cette région du monde.
Allocution de S.E. M. Tarek MITRI
Ministre de la Culture
Les enjeux véritables de cette réunion scientifique n’apparaissent pas de prime abord. Il faut, pour ce faire, en lire et souligner le sous-titre : « Prolégomènes à une musicologie générale des traditions », en se rappelant le poids pris autrefois par d’autres « Prolégomènes » chez l’un des précurseurs arabes des sciences humaines au Moyen Âge, Ibn Khaldūn. Aussi est-il permis de se réjouir que d’aucuns envisagent au Liban de proposer une nouvelle formulation d’une discipline scientifique vieille de cent vingt ans, mais dont les racines remontent à l’Antiquité et se sont affermies dans la période faste de la science arabe.
Lorsque Guido Adler, faisant suite à de nombreux théoriciens occidentaux de la musique, exposait en 1885 le programme fondateur de la musicologie moderne, son propos était bien évidemment centré sur la musique savante européenne, à une époque où l’Orient musical, y compris dans sa composante ottomane, connaissait sa période de décadence. L’influence cruciale exercée sur la genèse de la musique savante médiévale européenne, d’abord, par les traditions musicales ecclésiales du Proche-Orient, ensuite par la musique artistique arabe, de même que les contributions des savants travaux des philosophes et des musicographes musulmans - tels que Farābī, Avicenne et Urmawī - à la l’élaboration d’un discours pertinent sur la musique, était à cette époque tombée dans l’oubli, y compris en Orient.
Hormis les travaux exceptionnels, et authentiquement musicologiques, du Libanais Mīhā’īl Māššāqa (1800-1888), le discours musicographique des Orientaux était devenu tout sauf scientifique. Si les traditions musicales des pays arabes ont connu une phase de renaissance à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, cette dynamique s’est néanmoins cantonnée à la pratique musicale et n’a pas abouti à une véritable tentative de compréhension et de théorisation des systèmes mélodiques, rythmiques et poïétiques (c’est-à-dire des processus créatifs), chez les musicographes arabes. À défaut, le XXe siècle a vu l’essor d’un processus d’acculturation moderniste et occidentalisant qui a résulté en une marginalisation de la pratique des traditions musicales du monde arabe.
Le résultat direct de ce processus est que les musicologues et ethnomusicologues occidentaux, lorsqu’ils ont commencé à s’intéresser de plus près à nos traditions musicales, ont eu du mal à se repérer dans le magma difforme des pratiques acculturées et des théories locales de la musique. Aussi était-il compréhensible que le discours musicologique officiel occidental, même dans ses études sur les musiques non européennes de tradition, soit resté, pendant près d’un siècle, centré sur la musique savante européenne et ait proposé celle-ci comme prototype de toute connaissance réellement scientifique de la théorie de la musique.
On aurait pu penser qu’un point final fût mis à l’histoire des traditions musicales du monde arabe, avec l’hégémonie commerciale de la World Music et de ses succédanés locaux, avec la suppression de l’enseignement musical traditionnel oral et initiatique des sections orientales des conservatoires publics du monde arabe et son remplacement par des systèmes arbitraires, mal occidentalisés, sous couvert d’académisme. En somme, avec le triomphe d’une idéologie sacrifiant sur l’autel du modernisme toute velléité de continuité culturelle dans cette région du monde.
C’était oublier qu’une tradition initiatique se prête difficilement à l’exercice de l’enterrement, tant que, quelque part, un maître continue à la transmettre à un disciple.
Les éléments de la revivification attendue des traditions musicales du Proche-Orient se trouvent encore à portée de main. Il ne s’agit pas, en effet, d’une pratique traditionnelle abandonnée depuis plusieurs siècles, comme c’est le cas pour la musique médiévale européenne. Les modèles sont encore vivants au Proche-Orient, même pour la musique savante arabe profane encore véhiculée par d’excellents documents d’archive et par quelques maîtres vivants et actifs, nonobstant leur marginalisation par des systèmes aveugles de production et d’enseignement.
Le travail pionnier entrepris depuis cinq ans à l’Institut Supérieur de Musique de l’Université Antonine, ainsi qu’au Département de Musique Savante Arabe de l’École de Musique des Pères Antonins, et visant précisément à la relance des pratiques musicales traditionnelles sacrées et profanes du Proche-Orient, selon leurs normes initiatiques, est, de ce point de vue, exemplaire.
Par sa volonté de contribuer à la production d’un nouveau discours musicologique, véritablement scientifique et respectueux de ces mêmes traditions, et issu des recherches d’une nouvelle génération de chercheurs formés aux méthodes d’avant-garde de l’Occident, cette institution est à même aujourd’hui de proposer un dialogue équilibré à des musicologues occidentaux ouverts à une démarche systématique et non ethnocentriste, notamment dans le cadre d’une revivification des traditions médiévales occidentales dans leur relation avec nos traditions vivantes.
Tout est donc désormais en place pour permettre l’émergence d’une nouvelle musicologie générale des traditions.
Le Ministre libanais de la Culture ne peut que saluer l’initiative prise par la jeune et dynamique institution universitaire antonine de construire un solide pont scientifique avec la plus vénérable des institutions universitaires de la planète, fondée en 1267 par le chanoine Robert de Sorbon. La convention de coopération interuniversitaire qui va être signée, à présent, trouve sa première réalisation exemplaire dans ce colloque international à caractère fondateur pour une discipline que nous souhaitons voir développée au Liban et dans le monde arabe, gage de la relance de la pratique des traditions musicales. Ces traditions certes prennent leurs racines dans le passé, mais, du fait même de leur caractère initiatique et sapientiel, sont appelées à porter les germes du renouvellement à venir de notre paysage musical.
Je déclare ce colloque ouvert !
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