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En hommage au R.P. Louis ROHBAN
Recteur honoraire de l’UPA
L’Université Antonine-UPA
Centre de Langues et de Ressources
CLER
a le plaisir de vous inviter
à la présentation des Actes du premier
Colloque International sur la Didactique des Langues
« Les nouveaux dispositifs pour
l’apprentissage/enseignement des langues :
du paradigme de l’instruction au paradigme de l’autonomie »
sous la direction de
Fady FADEL o.a.m Cynthia EID
Date : Mardi 25 avril 2006 à 16h00
Lieu : Université Antonine, Auditorium de la Faculté d’Ingénieurs, Hadath-Baabda
Programme de la cérémonie
- Présentation du nouvel ouvrage : Mlle Cynthia EID / Responsable Pôle du CLER
- Allocution du R.P. Antoine RAJEH / Recteur de l’UPA
- Allocution de M. Michel BENNASAR / Directeur Régional de l’Agence Universitaire de la Francophonie - Liban
- Allocution de M. Frédéric CLAVIER / Conseiller de Coopération et d’Action Culturelle – Ambassade de France - Liban
- Allocution de M. Christopher MURRAY / Vice Ambassadeur des États-Unis d’Amérique - Liban
- Allocution du R.P Fady Fadel / Secrétaire Général de l’UPAAllocution du R.P. Louis ROHBAN / Recteur honoraire de l’UPA
- Allocution du R.P. Louis ROHBAN / Recteur honoraire de l’UPA
- Remise des « Certificats de participation » au colloque
La cérémonie sera suivie d’un vin d’honneur
Prière de confirmer votre présence

 
 
Mot de présentation des actes du Colloque
prononcé par Mlle Cynthia EID
Responsable Pôle, Langues et Centre des Ressources, Université Antonine
Révérends pères, Mesdames et Messieurs,
Honorables invités, Chers amis et étudiants,
La lecture n’a pas que des défenseurs. Rousseau lui reprochait d’apprendre à parler de ce qu’on ne connaît pas et Valery Larbaud en parlait comme d’un « vice impuni ». Oui, en effet, parler de ce que l’on ne connaît pas bien, était la raison pour laquelle l’Université Antonine, en collaboration avec l’AUF et les Ambassades de France et des États-Unis au Liban, avait organisé les 9 et 10 mai 2005 le Premier Colloque International de la Didactique des Langues intitulé « Les nouveaux dispositifs pour l’enseignement/apprentissage des langues : du paradigme de l’instruction au paradigme de l’autonomie », afin de suivre le conseil de Rousseau et de mieux connaître le peu connu.
L’autonomie pour Cornélius CASTORIADIS etEdgard MORIN ne se définit pas comme une liberté absolue de faire ce que l’on souhaite. Pour le premier « Le nomos est notre institution imaginaire créatrice, moyennant laquelle nous nous faisons comme êtres humains". "C'est le terme nomos qui donne tout son sens au terme et au projet d'autonomie. Être autonome, pour un individu ou une collectivité, ne signifie pas faire « ce que l'on désire » ou "ce qui nous plaît sur l'instant, mais se donner ses propres lois." Pour Morin, "L'autonomie n'est plus une liberté absolue émancipée de toute dépendance, mais une autonomie qui dépend de son environnement, qu'il soit biologique culturel ou social, l'autonomie est possible non pas en termes absolus mais en termes relationnels et relatifs".
Venus de bien loin, d’Outre- Mer, d’Outre Océan, ou même de bien près pour nous enrichir de leurs expériences en didactique, autonomie et ingénierie de l’enseignement, nos chers auteurs méritent d’être salués pour les interventions et les conférences plénières prononcées, éditées et désormais publiées dans le présent ouvrage. Il est incontestable que, sans eux, la rencontre ce soir n’aurait pas eu lieu.
Il convient de noter que le présent ouvrage est le fruit d’un travail en tandem qui a duré plusieurs mois et qui a permis à Père Fady Fadel, co-directeur, et à moi-même de concrétiser les aspirations des auteurs et les attentes des participants.
Didactique, autonomie, et ingénierie de l’enseignement constituent de nouveaux concepts dans la mouvance du développement de l’apprentissage des langues étrangères ainsi que les mots clés des actes du colloque qui est élaboré en avant-propos, introduction, interventions d’honneur, trois sections approfondissant les mots clés susmentionnés et une conclusion.
En Avant-propos, trois articles inaugurent l’ouvrage :
« La Didactique des Langues au cœur même des Sciences Humaines : une jeune discipline universitaire » est l’article de M. Frédéric CLAVIER, Directeur de la Mission Culturelle Française et le Service de Coopération et d’Action Culturelle à l’Ambassade de France au Liban prononcé par Mme Anne RICORDEL, attachée de Coopération du français pour l’Enseignement supérieur que je salue fortement au passage.
« English is the Language of Democracy » is the second foreword article, a transcript of a speech on behalf of the Embassy of the United States of America in Lebanon by Mr.
Christopher Murray, U.S. Deputy Chief of Mission.
المقال الثالث في المقدّمة يحمل عنوان إحياء القيم في المنهجيّة التعليميّة في مجال اللغات بقلم الاب فادي فاضل، الامين العام للجامعة الانطونية، رئيس لجنة إدارة المؤتمر.
L’introduction de l’ouvrage traite la question de l’autonomie dans le contexte de l’introduction de nouveaux dispositifs tels les Sciences et Technologies de l’Information et de la Communication dans l’Enseignement (TICE) et démontre l’impact direct des applications didactiques sur le savoir-faire des enseignants et des apprenants.
Deux interventions d’honneur couronnent l’ouvrage : la première est rédigée par le Révérend Père Louis ROHBAN, Recteur honoraire de l’Université Antonine à qui nous dédions la cérémonie d’aujourd’hui afin de rendre hommage à ses travaux et à son dévouement tout le long des 9 ans de son mandat et la deuxième est celle de M. Michel BENNASAR, Directeur régional du Bureau Moyen-Orient de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF).
Père Louis, Premier Recteur de l’Université Antonine- et l’un des Pères fondateurs de cette dernière- est le sage philosophe, le juriste linguiste mais aussi le didacticien averti. Dans son article « Les moyens de communication deviennent titaniques. Mais tout cela nous rapproche-t-il les uns des autres ? » Père Rohban souligne l’urgence et la pertinence du thème : « la Didactique des Langues » dans une ère caractérisée par la mondialisation mais où on assiste à un regain du racisme, de la xénophobie, du refus de l’autre, de l’intolérance etc. Père Louis ajoute « Nous assistons perplexes, à l’impuissance de la Communauté Internationale à mener une lutte efficace contre ces maux. De tels maux constituent, pour la société moderne, un défi ». Il enchaîne que dans le monde, il existe toujours un mur de Berlin, et nous invite absolument à nous tous à l’abattre par le biais de la Communication et de l’Information.
Le deuxième article d’honneur intitulé « Un regard de l’Agence Universitaire Francophone (AUF) sur la didactique au Liban » rédigé par M. BENNASAR, associé à l’organisation du colloque, rappelle que dans le cadre de leur programme d’appui aux manifestions scientifiques récemment mis en place pour satisfaire les besoins exprimés par les établissements membres, l’AUF a pour finalité de promouvoir la science et la diversité linguistique en français, d’apporter son soutien aux réseaux universitaires qui démultiplient la coopération universitaire francophone, de contribuer à leur rayonnement international et de renforcer la solidarité et le partage des savoirs entre les établissements universitaires.
Le corps des actes du colloque constitue trois sections.
La première est intitulée « réflexions sur les TIC dans l’enseignement et l’apprentissage des langues » et regroupe 5 articles qui l’étoffent : la philosophie de l’autonomie du Professeur Marie José Barbot, Université Charles de Gaulle, Lille 3, « Les perspectives et impacts sur les enseignants et apprenants en Tunisie », du professeur Amor Jebali, « la génération du numérique », de Najwa Jraidini et Sonia Bsaibes, professeurs à l’Université Antonine, « le traitement des langues » de Ghassan Morad, professeur à l’Université libanaise.
La deuxième section est intitulée « Expériences en TIC : étude d’environnements » et regroupe 5 articles des auteurs suivants : « l’environnement technologique libanais » de Christine Sabieh, Directrice de la langue Anglaise à la NDU, « l’auto apprentissage en Syrie » de Haïtham ALBITAR, directeur du Campus Numérique Francophone de Damas, « l’enseignement de la langue française à l’Université Libanaise » du Professeur Wafa’ Berri, « les dimensions des STIC au CLER », de moi-même et « la réduction du fossé numérique libanais » de Pierre Gédéon, doyen de la Faculté de Génie à l’UPA.
La troisième section est intitulée « Expériences informatiques en communication obtenue par médiation » et regroupe 4 articles des auteurs suivants : « une formation autodirigée des futurs enseignants au multimédia » de François Mangenot, professeur à l’Université Stendhal, Grenoble 2, « le rôle du PowerPoint dans l’enseignement » de Myra Shulman, professeur à Georgetown university, USA, « l’intégration des TIC aux programmes du français commercial en Egypte », de Zahia Dagash, professeur à l’Université d’Alexandrie et finalement « les TIC dans le quotidien de la classe » de Rita Niemann, professeur d’allemand à l’Université de Singapore.
La conclusion est l’œuvre du comité des conclusions et de recommandations présidé par Mme Anne Ricordel.
Avant de clôturer, permettez-moi de remercier tous ceux qui, en hommage à Père Louis Rohban, ont rendu possible la publication des actes du colloque, la maison d’édition qu’est l’Université Antonine, les auteurs, le bureau multimédia de l’Université et tous ceux qui ont oeuvré en silence pour la réussite de cet événement. À vous tous, nos profonds remerciements.
Montesquieu se plaisait à répéter : « je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé ». Ainsi, lire est l’une des premières choses qu’on apprend car c’est fondamental. C’est au moyen de la lecture qu’on peut faire tout le reste : se lancer dans les études, ou tout simplement être autonome dans la vie. Sur cette réflexion, je vous souhaite bonne lecture des actes et vous donne rendez-vous l’année prochaine pour le deuxième colloque international sur la didactique des langues, cette fois-là, ce sera sous l’égide du Nouveau et dynamique Recteur, P. Antoine Rajeh qui inscrit l’action de l’université dans la lignée de la continuité mais aussi de l’innovation créative. Père recteur, à vous la parole.
Allocution du P. Antoine RAJEH
Recteur de l’Université Antonine
Je parle donc « me voici »
Mesdames et Messieurs,
La publication des Actes du colloque « La didactique des langues. Les nouveaux dispositifs pour l’enseignement/apprentissage des langues : du paradigme de l’instruction au paradigme de l’autonomie » est pour nous une occasion particulièrement chère, et ce pour maintes considérations :
1- Il s’agit tout d’abord du premier colloque international sur la didactique des langues au Liban, exploit que nous tenons à faire fructifier au maximum en permettant au plus grand nombre possible d’intéressés d’accéder aux documents qui y furent présentes et aux recommandations auxquelles les spécialistes ont abouti.
2- Cette publication est pour nous une occasion de remercier mon cher confrère le Rév. Père Fady Fadel et Mlle Cynthia EID dont les efforts colossaux quant à l’organisation de ce colloque méritent bien plus qu’un remerciement. Leur assiduité exemplaire et leur exigence académique remarquable furent à la base de la réussite du colloque et continuent à renforcer le prestige de notre université.
3- Notre rencontre est surtout un hommage que nous rendons au très Rév. Père Louis Rohban, ancien recteur de notre université, dont la modestie et l’éducation suprême n’ont d’égal que la lucidité et la vertu de l’abnégation.
Aux maux de notre civilisation qui parle trop sans communiquer vraiment, cet avatar du paradigme de l’autonomie, qui sut porter l’université à un degré remarquable de productivité avec le minimum possible d’interventionnisme, en agissant en catalyseur des énergies au lieu de s’en accaparer la tutelle, et qui nous laissa un patrimoine remarquable de statuts et directives d’ordre législatif, moral, philosophique et religieux, avait préconisé, lors de la séance inaugurale du colloque, la correction du cogito solipsiste de Descartes par la théophanie du Dire, autrement dit, un passage du je pense donc je suis, au je parle donc tu existes .
Qu’il me soit permis de m’engager sur le chemin de pensée qu’a défini mon prédécesseur, bien que je ne prétende rivaliser avec ses qualités.
Mesdames et Messieurs,
Sortons du rétrospectif qui ne rassasie que les esprits anorexiques et interrogeons-nous, à notre tour, sur notre nature d’êtres locuteurs. Osons les questions, qui pour être simples ou même naïves ne sont pas moins nodales : Pourquoi parlons-nous ? ou, pour reprendre les termes d’Emmanuel Levinas, « Pourquoi faisons-nous un récit à l’autre ? Parce que nous avons quelque chose à dire? Mais pourquoi ce quelque chose est-il à dire ? »
Est-ce pour combler les trous de la présence matérielle par le moyen de signifiants conventionnels ?
Est-ce pour s’adonner, par pure facticité au luxe de l’échange des signes ?
Quelle est la nature de cette intrigue nouée au plus profond de notre être et qui nous voue à la communication, aventure ou nous courons les pires risques : ceux de la méfiance, l’incompréhension, l’incrédulité et la caricature ?
Regardons au-delà de l’empirie et reconnaissons que le dire est avant tout éthique, sa fonction première est le don de soi et des choses, de reconnaître à autrui le droit de partager le monde que ma nature « cainesque » me pousse à baptiser mien, ne serait-ce que par l’emprise du je pense.
L’essence du dire, une fois écarté l’usage démagogique et « psychagogique » et toute autre forme de manipulation par la parole, n’est pas dans la prétention du je pense mais dans l’offrande du me voici.
Devant le visage de l’autre, je ne peux que répondre, or répondre à quelqu’un, c’est déjà répondre de lui, précise Emmanuel Levinas.
Le Verbe n’est-il la vulnérabilité de Dieu à l’amour,
L’impossibilité pour lui de demeurer silencieux, de ne pas répondre de ses fils ?
Enseigner les langues s’insère pour nous dans cette perspective éthique, méta-pédagogique.
Et c’est dans cette même perspective éthique que nous envisageons le passage de l’instruction à l’autonomie, car c’est dans ce dernier paradigme que la lettre devient libératrice, surtout quand on s’acharne à fournir à tous les chances d’ « apprendre à apprendre », tel que l’a si bien souligné, le professeur Marie-José Barbot, avant de les délaisser dans l’engrenage d’outils qu’ils ne savent pas manipuler et qui les réduiraient de ce fait à une nouvelle forme d’hétéronomie.
Finalement, je voudrais assurer notre amitié à nos honorables responsables et représentants de l’Ambassade des Etats-Unis D’Amérique au Liban, de la Mission Culturelle Française de l’ambassade de France, et de l’Agence Universitaire de la Francophonie qui fête cette année le 45e anniversaire de sa fondation, et les remercier de leur contribution financière et académique à ce colloque, ainsi qu’à toutes les activités du centre de langues et de ressources ; et vous remercier, Mesdames et Messieurs, de votre présence. Et au Rév. P. ROHBAN toute la gratitude et l’affection de l’Université.
Discours de M. Frédéric CLAVIER
Conseiller de Coopération et d’Action Culturelle
de l’Ambassade de France au Liban
Messeigneurs,
Monsieur le Recteur,
Monsieur le Recteur Honoraire, Cher Père Louis ROHBAN,
Monsieur le Secrétaire Général,
Messieurs les Doyens,
Monsieur le Premier Conseiller,
Monsieur le Directeur de l’AUF,
Madame la Directrice,
Mesdames, Messieurs,
Chers Amis,
C’est un grand honneur pour moi de me retrouver aujourd’hui parmi vous, pour participer à cette table ronde à l’occasion de la publication des actes du premier colloque international sur la didactique des langues : « Les nouveaux dispositifs pour l’apprentissage / enseignement des langues : du paradigme de l’instruction au paradigme de l’autonomie », dont nous fûmes, avec l’AUF et l’Ambassade des Etats-Unis, les participants.
Nous connaissons bien l’engagement fort et sincère de l’Université Antonine pour le français et la francophonie, et nous nous devions d’être à vos côtés comme nous l’avons toujours fait. A cette occasion, qu’il me soit permis de remercier ici chaleureusement le Révérend Père Louis ROHBAN pour son action remarquable au service de l’homme, mais aussi de notre langue et de notre culture. Vous avez été ce qu’aime la France et la Francophonie, un homme d’exigence, d’écoute et de dialogue, défenseur de l’homme dans toute sa dimension, intellectuelle et spirituelle. Je voudrais vous dire la haute estime dans laquelle cette Ambassade tient sa relation avec l’Université Antonine, relation faite d’amitié et de confiance.
Le thème abordé aujourd’hui est au cœur de la problématique de la didactique des langues. En effet, comment, concernant l’enseignement / apprentissage des langues, passer d’une situation pédagogique dirigée pour « instruire » à l’apprentissage autoguidé puis autonome ? L’inauguration récente du Centre de Langues et de Ressources témoigne de votre engagement à dépasser la réflexion pour offrir à vos étudiants l’opportunité de prendre en charge leur apprentissage des langues étrangères.
Le français, bien que faisant partie de ce que l’on appelle communément : le club des « grandes » langues, c'est-à-dire des douze premières langues parlées sur les quelques 6.000 existantes, n’échappe pas, lui non plus à cette problématique. Au Liban, circule parfois une idée reçue qui véhicule la notion de « recul du français ». Concernant le système éducatif libanais, cette idée est nettement infirmée par les statistiques. Mais, nous savons tous que les statistiques et les textes officiels ne peuvent suffire pour analyser une situation. Il n’est qu’à citer l’ONU, dont le français depuis 1946, fait partie des 7 langues officielles et des 2 langues de travail.
Pour ne prendre que la zone du Proche et Moyen-Orient, on constate avec satisfaction un arc d’apprentissage de la langue française qui part du Caire jusqu’aux pays du Golfe, en passant par le Liban. Ce succès de la langue française tient à des facteurs divers, autant culturels et politiques que liés à la présence de diasporas francophones de plus en plus nombreuses dans cette zone. Au Liban même, dans un contexte de trilinguisme affirmé, la langue française est sans cesse en progression. C’est vrai dans le système scolaire privé ou public. C’est vrai dans le domaine universitaire, mais c’est aussi vrai à travers tout le territoire national et les neuf Centres Culturels français qui dispensent des cours de langue à des apprenants sans cesse en progression et atteignant, depuis 2 ou
3 ans, entre 9 et 10.0000 personnes par an. Jamais plus qu’aujourd’hui, le nombre d’étudiants libanais n’a été aussi nombreux dans les universités françaises et les demandes pour des stages professionnels de haut niveau n’ont été aussi demandés. Dans ce contexte, la langue française, aux côtés d’autres langues, se donne pour objectifs de rester la deuxième langue d’apprentissage de ce pays car elle véhicule des méthodologies et un sens du raisonnement critique qui lui donne une force exemplaire pour aborder et résoudre les grandes questions scientifiques et techniques de ce temps.
Alors, quelle « stratégie d’apprentissage du français » ?. Votre interrogation, en relation directe avec le colloque dont il est aujourd’hui question, est très pertinente. Car, le français au Liban : ce n’est pas un problème de demande. Les Libanais aiment et ont envie d’apprendre ou de pratiquer le français, mais un problème de réponse : savoir comment apprendre le français. C’est dans ce contexte que le terme de stratégie prend tout son sens. Et, c’est bien évidemment en ces termes que nous réfléchissons et agissons aujourd’hui.
Pour faire tenir ma réponse dans le cadre de l’exercice, je dirai de notre stratégie qu’elle est simple et cohérente. Premièrement, elle prend en compte les profils linguistiques variés du peuple libanais, qui vont des francophiles évoluant dans un milieu francophone, scolarisés en français aux non francophones n’ayant que très peu de contacts avec cette langue. Deuxièmement, elle prend en compte le fait que le rapport des Libanais au français a évolué ces dernières décennies avec la situation du pays pour les raisons que l’on connaît. Il reste certes, pour partie, une langue d’élite, une langue de prestige, une langue de la culture, la langue des belles Lettres, une belle langue qui véhicule une histoire, des idées chères au cœur des Libanais. Mais, le français, c’est aussi et surtout une langue de communication et de partage. Actuellement, les Libanais ne s’y trompent pas. Ils ont envie d’apprendre ou de pratiquer le français pour communiquer dans des situations authentiques. Ils ont envie et besoin de libérer le français de son contexte d’apprentissage normé et scolaire. C’est de l’analyse de ces besoins et motivations que nous avons déduit notre stratégie d’apprentissage du français qui consiste à le déscolariser pour le rendre plus vivant, plus authentique et donc plus attrayant. Il nous faut briser cette représentation du français langue difficile. Comment ? En apprenant le français comme une langue non maternelle, une langue étrangère. En imposant l’idée de simple bon sens que, si je ne suis pas français, je ne peux parler comme un français dans mes premières heures d’apprentissage. Il est donc normal que je commette des erreurs et, je dois donc prendre des risques pour parler, ne pas avoir peur de me tromper, développer des stratégies qui me permettent d’utiliser ce que je connais dans ma langue maternelle pour transférer et développer ma compétence à communiquer en français. C’est pourquoi, bien évidemment, on n’apprend pas le français par le code, les règles, les exceptions. L’enseignement apprentissage du français ne peut se réduire à la mémorisation de règles de grammaire, mais il doit rendre l’apprenant capable de communiquer en contexte, dans son contexte intime, familial, social ou professionnel. Qu’est-il plus important : qu’il sache réciter par cœur les pronoms personnels ou les conjugaisons, que beaucoup de français natifs ne connaissent pas d’ailleurs, ou qu’il soit capable de réaliser des tâches de la vie quotidienne en français ? Qu’il sache dire que c’est le futur et le passé composé ou qu’il soit capable de les employer. Qu’il sache que Victor Hugo est un auteur du 19ème siècle ou qu’il soit capable de lire l’Orient le jour ou tout magazine écrit en français qui l’informent sur les modes de vies et pensées des Français ou des francophones ? Autant de compétences acquises pour écouter la radio, regarder la télévision en bref : côtoyer et pratiquer la langue dans son contexte réel d’utilisation, afin qu’elle assume son rôle d’ouverture sur le monde. Dans cette optique, nous proposons, organisons, de plus en plus d’activités mettant l’apprenant en situation de pratiquer le français en dehors de l’espace classe autour de la célébration de la Semaine de la Francophonie, pour ne citer que cet exemple.
Ainsi, outre la qualité de nos actions de formation, nous développons l’idée qu’il n’y a pas un français mais des français. L’idée que l’on peut commencer l’apprentissage de cette langue à tout âge et qui que l’on soit : un français pour tous les publics de tous niveaux. L’idée que l’on n’a jamais fini d’apprendre une langue. L’idée que, pour apprendre une langue, il faut être acteur avant récepteur afin d’être capable de s’auto évaluer pour prendre en charge son parcours d’apprentissage : « le paradigme de l’autonomie ». Enfin et surtout, l’idée que le français : c’est facile et c’est utile pour une vie personnelle et professionnelle riche et réussie.
Je vous remercie.
Allocution de M. Michel BENNASAR
Directeur Régional de l’Agence Universitaire de la Francophonie
Père Antoine Rajeh, Recteur de l’Université des Pères Antonins,
Père Louis Rohban, Recteur honoraire de l’UPA,
Monsieur le Vice ambassadeur des États-Unis
Monsieur le Conseiller de Coopération et d’action culturelle de l’Ambassade de France
Monsieur le Secrétaire général de l’UPA,
Chers invités,
Cette cérémonie a pour objectif de présenter les actes du 1° colloque sur la didactique des langues qui s’est tenu, il y a à peu près 1 an, à l’Université des Pères Antonins avec entre autres le soutien de l’AUF. Mais je sais également que ses plus hauts responsables ont souhaité mettre à profit cet événement pour rendre un hommage mérité au père Louis Rohban, ancien recteur et désormais recteur honoraire de l’université des Pères Antonins. Qu’il me soit permis, avant toute chose, en toute simplicité et modestie, pour avoir eu le plaisir et l’honneur de le côtoyer à ce poste pendant quelques années, de joindre mes félicitations et mon estime à celles de votre communauté à l’attention du Père Rohban dont j’ai pu à maintes reprises apprécier les grandes qualités de cœur et d’esprit.
Comme vous me l’avez demandé, je vous parlerai de la stratégie mise en place par l’Agence universitaire de la Francophonie et plus particulièrement par le Bureau Moyen-Orient dans le secteur de l’apprentissage et de l’enseignement du français dans le monde universitaire au Liban et dans la région.
Suite à la mise en place d’un cadre stratégique décennal pour la Francophonie lors du Sommet des chefs d’État et de gouvernements ayant le français en partage de 2004 à Ouagadougou au Burkina Faso, l’AUF a été amenée, comme les autres opérateurs de la francophonie, à reformuler ses programmes dans le cadre d’une programmation quadriennale entrant en vigueur au 1° janvier 2006.
En tête de ses nouveaux programmes et en conformité avec les missions stratégiques définies lors de ce Sommet figure le programme « Langue française, diversité culturelle et linguistique ». Il y est dit que le projet de la francophonie universitaire a avant tout une fonction linguistique qui est de faire en sorte que la production des savoirs se poursuive en français sans se replier sur l’espace limité des pays francophones. En outre, la langue française se doit de cultiver sa relation aux autres grandes langues du monde (anglais, espagnol, portugais, arabe) mais aussi aux langues nationales en contact avec elle.
L’université doit avoir pour mission de contribuer à faire fructifier les qualités d’invention de la langue française, ainsi que l’expression de ses solidarités avec les autres langues. Elle doit encourager les projets scientifiques qui expriment une coopération avec les grandes aires linguistiques.
Par ailleurs, dans un contexte concurrentiel peu favorable aux disciplines littéraires ou aux sciences humaines, un soutien actif doit être apporté aux départements de français, aux centres de langues et aux filières francophones pour éviter la marginalisation de l’enseignement du français.
Pour mettre en œuvre les objectifs relevant de ce programme, l’AUF s’est doté d’un certain nombre d’outils tels que :
- 1 - Des Réseaux de chercheurs qui ont pour mission de favoriser les échanges entre les chercheurs et les équipes de recherche francophones sur des thèmes comme :
- Étude du français en francophonie
- Sociolinguistique et dynamique des langues
- Lexicologie, terminologie et traduction
- Littérature d’enfance
- Littérature critique francophone de l’Afrique subsaharienne et de l’Océan Indien
- Observation du français et des langues nationales
- 2 - Des Départements de français qui constituent des acteurs clés pour promouvoir la langue française et plus largement la diversité culturelle et linguistique. Plus de 500 départements de français dans le monde sont actuellement liés à l’Agence, dont plusieurs dans la région, par :
- Le bulletin d’information et de liaison « le français à l’université »
- La liste de discussion, d’échanges et de propositions « Framonde »
- 3 - Des filières universitaires francophones qui sont des cursus de formation supérieure partiellement ou entièrement en français de niveau licence ou master développés au sein d’établissements d’enseignement supérieur membres de l’AUF. Dans la région Moyen-Orient, une dizaine de filières de ce type fonctionnent :
- Au Liban :
- DEA « Science politique » à l’USJ
- DEA « Agro-alimentaire » à l’UL, l’USJ et l’USEK
- Master « Réseaux de télécommunication » à l’UL et l’USJ
- Master « Modélisation et simulation informatique » à l’UL
- Licence « Droit » et DEA « Droit international des affaires » à l’UL
- Licence et MBA « Audit et contrôle de gestion » à l’USEK
- DESS « Finances » à l’UL
- En Syrie :
- DSU « Droit » à l’Université de Damas
- En Égypte :
- Maîtrise « Industries agro-alimentaires » à l’Université d’Alexandrie
- 4 - L’apprentissage et l’enseignement du français qui existe dans un certain nombre de pays et en particulier au Liban depuis plusieurs années, plus récemment en Syrie et prochainement en Égypte.
Je ne m’étendrai pas sur ce programme qui a fait l’objet d’une présentation détaillée par Mme Nayla Abou Alwan, qui en est chargée au BMO, lors du colloque de l’an dernier. J’en rappellerai simplement l’esprit qui est de tenter de répondre le plus efficacement possible aux besoins exprimés dans ce domaine par chacune de nos universités partenaires intéressées. Ces besoins étant spécifiques et donc les solutions à mettre en oeuvre forcément différentes de l’une à l’autre, nous nous sommes associés, pour apporter la meilleure réponse possible, aux services linguistiques des ambassades de France dans chaque pays. Sur cette base, des conventions particulières ont été signées et mises en œuvre entre les 3 partenaires prévoyant un certain nombre de moyens mis à disposition des établissements par l’Agence sous le contrôle technique des services linguistiques.
- 5 - La coopération avec les autres aires linguistiques qui s’est traduit tout récemment par la création d’un site Internet d’information plurilingue en liaison avec 2 espaces linguistiques hispanophone et lusophone <www.3el.org>
En conclusion, il est clair que l’avenir de la Francophonie passe nécessairement par le développement de l’usage du français dans les pays appartenant à la communauté francophone où la langue maternelle n’est pas le français. Cet avenir se construira avec des francophones, en nombre suffisant, bien formés, utilisant le français dans leur vie professionnelle, quotidienne, capables de créer avec les autres francophones, sur tous les continents, des liens d’échange, de solidarité, de partage de valeurs et de biens communs. Dans cette perspective, il est essentiel de donner toute sa place aux programmes destinés à l’apprentissage précoce, se poursuivant ensuite à l’université, de la langue française en milieu bilingue.
La Francophonie est un espace géopolitique qui a fait un choix linguistique clairement exprimé. L’AUF s’est donnée pour mission d’accompagner cette volonté en participant à la valorisation de la langue française dans l’enseignement supérieur et la recherche partout dans le monde. Il ne s’agit pas là à notre sens d’un combat d’arrière-garde, comme certains voudraient nous le faire croire, mais tout simplement d’un refus face à l’uniformisation qui nous menace. Cette défense de la langue française et des langues partenaires nous paraît indispensable pour l’existence du plurilinguisme que nous préconisons et qui est un facteur essentiel de la diversité culturelle.
Je voudrais terminer par un extrait des statuts de l’AUF : « La langue commune de la Francophonie est un outil privilégié de coopération qui doit continuer d’exprimer, dans la recherche comme dans l’enseignement supérieur, toute la richesse du progrès mondial des connaissances ».
Mesdames et messieurs, je vous remercie de votre aimable attention
Remarks by M. Christopher W. Murray
U.S. Deputy Chief of Mission
Father Rohban;
Father Rajeh;
Monsieur Bennasar;
Monsieur Clavier;
Ms. Eid;
Esteemed professors:
The U.S. Embassy is very pleased to participate, for a second year, in Antonine University’s international seminar on the didactics of languages. In the 12 months since we last came together to discuss new mechanisms for learning and teaching languages, the Lebanese people have participated in a historic transformation of their country.
Reflective of the theme that you have chosen for discussion—from the paradigm of education to the paradigm of autonomy—Lebanon has evolved from a country under occupation and oppression to one of sovereignty and independence. Thus, it is only appropriate that our discussion of language and learning today should reflect both the reality of a free and democratic Lebanon and what is needed to sustain and support this important transition.
The United States is proud to work with its international partners, including France and its fellow members of the European Union, our Arab friends, and others, to support Lebanese sovereignty and independence. We recognize, also, the importance of political, economic and institutional reform in advancing the Lebanese people’s desire for a stable and secure, peaceful and prosperous country. We will work with the Government of Lebanon and with the Lebanese people, at all levels, and with all willing partners, to advance these goals.
Our staff at the U.S. Embassy in Beirut constantly searches for ways to support Lebanon’s transition to democracy. That is why, this year, our Public Affairs Section decided to focus its support for the teaching of English as a foreign language on a very specific goal: to promote critical thinking skills through the study of argumentation and debate. Why? Because for a democracy—a government that is for the people, by the people and of the people—to survive and thrive, citizens must develop necessary skills to participate in that government. Lebanon has long tradition, going back thousands of years, of academic and legal scholarship, debate, and openness to ideas. The law faculty that existed in Beirut two thousand years ago was renowned then, and to this day. All Lebanese can be proud of that tradition.
Developing critical thinking skills, drawing on these skills to frame an argument and then presenting one’s views effectively are all vital to a functioning democracy. And in countries such as Lebanon or the United States with such diversity of confessional and political communities, it is imperative that citizens have the tools for effective dialogue. This goal, then, is the aim of our English language programs in Lebanon.
And you, as educators, play an important role in developing these critical thinking skills. By encouraging your students to gather, evaluate, and use information effectively, you strengthen the fabric of Lebanon’s democratic society. As teachers of critical thinking skills, asking your students to reflect upon the meaning of statements, examine offered evidence and reasoning, and form judgments about the facts, provides them with opportunities to develop these skills. The result is students who, as critical thinkers, gather information from observation, experience, reasoning, and/or communication. They base their judgments on intellectual values that go beyond mere memorization and recitation.
Developing critical thinking skills is important in any subject matter but we believe it is imperative to an effective English language curriculum. Thus, to teach English, you’ll want to promote interaction among students as they learn. Rather than asking your students to look for the "right" answer, encourage open-ended questions to encourage students to think and respond creatively, without fear of giving the "wrong" answer.
And one thing as you teach critical thinking skills you’ll have to accept is that your greatest success may come when your students question you too! As authority figures in the classroom—or in my case at the Embassy—it can sometimes be uncomfortable to be challenged or corrected. But such “give and take” encourages curiosity, promotes creative problem solving skills and develops independent leaders. And as a parent of two teenagers, I speak from a wealth of experience!
To promote these skills, the Embassy invited Saint Michael’s College Professor Mary Elizabeth O'Dowd-Parker to Lebanon to offer for a series of workshops for university professors. Co-hosted with Lebanese American University, the workshops shared techniques to help students build critical thinking and communication skills through argumentation in oral as well as written discourse. Similarly, I am pleased that our three American English Language Fellows resident in Lebanon for a year and hosted by the Ministry of Education and CERD, the Makassed Schools Association, and with the cooperation of AMIDEAST, have been able to offer training to teachers of English.
Through programs funded by the Department of State, including the Middle East Partnership Initiative (MEPI), we’ve also aimed to develop youth leadership. With exchange programs, English language classes for rural and economically-deprived youth, support for the Model UN and an innovative “Lebanese talking to Lebanese” debate club, we’ve aimed to provide Lebanon’s youth with opportunities to make their voices heard. Lebanon is rich in intellect and initiative, energy and creativity. Like you, we want to help them develop and apply their skills to the benefit of Lebanon’s future.
I’m pleased that to be here today, as you distribute certificates to the participants in your discussions on the teaching of language. We’re proud to be your partner in this important work and we look forward to other opportunities to support you and to support Lebanon’s transition to a vibrant democracy, with prosperity and opportunity for all.
Présentation du P. Fady FADEL
Secrétaire Général de l’Université Antonine
L’Ordre Antonin dit : « que l’Université Antonine soit ». Le Père Louis ROHBAN vint et l’Université Antonine fut. L’avènement du P. ROHBAN à la tête de cette institution de 1996 jusqu’au 2005 et son opus d’asseoir ses unités et ses composantes académiques et administratives sur des bases solides et prometteuses lui font encourir la responsabilité de Père Fondateur de l’UPA et son premier Recteur.
Sa devise est celle du Pape Jean XXIII et tous nous la connaissons. « L’important ce n’est pas de faire, mais c’est de laisser faire et de faire faire… ». Ce qui requiert davantage de confiance dans ses collaborateurs et de discernement quant aux actions à entreprendre.
Henri Miller disait : « un vrai leader, meneur d’hommes, n’a pas besoin de conduire. Il suffit qu’il montre le chemin ».
Et vous P. Louis, pendant neuf ans vous ne cessiez de nous montrer la voie à suivre. Vous saviez ce qu’il fallait faire, et nous, comme disait Ken Adelman, et nous on savait seulement comment le faire.
L’hommage ce soir, qui vous est rendu, à vous homme de lettre et de droit, donc de droiture, n’est qu’un signe de notre attachement à vos valeurs et de notre reconnaissance à ce que vous avez été et à ce que vous représentez pour cette université, toujours jeune à l’instar de votre esprit.
Outre cette table ronde intellectuelle qui vous est dédiée, j’ai l’honneur de vous annoncer au nom du Conseil d’Administration de l’UPA, que vous êtes nommé à vie Recteur honoraire de l’Université Antonine.
En outre, l’Université dont vous rêviez comme « un espace de retrouvailles et un trait d’union entre les peuples riverains » vient vous dédier, dédier à votre nom, la salle de son conseil, signe de gratitude quant à votre conviction de faire prévaloir en son sein les concertations collégiales et les rencontres collectives. Elle s’appelle désormais Salle Louis ROHBAN.
Enfin, qu’il me soit permis de reprendre à mon compte et à votre égard une citation de S.E.M. Bernard ÉMIÉ lors de son premier passage à l’UPA en juillet 2005 : « la vraie réussite d’un leader se trouve dans le fait qu’il laisse derrière lui dans d’autres hommes et femmes, la conviction et la volonté de continuer ».
Eh bien, cher P. Louis, nous y sommes et nous continuons avec cette pleine conviction et la grande volonté d’aller de l’avant… Il s’agit de votre legs et de votre héritage qui sera perpétué avec rayonnement et réussite.
À vous maintenant la tribune, Maître et Recteur honoraire.
P. Louis ROHBAN
Recteur honoraire de l’UPA
Bonjour. Je serai très bref, je vous le promets. À proprement parler mon intervention ne sera point allocution comme on l’annonce. Pour une fois je serai moins loquace. Rassurez-vous donc.
Je suis très ému, vous le voyez. Je vous suis très reconnaissant. À vous tous et à plusieurs titres.
Chacun de nous Messieurs a son histoire. A y regarder de près, cette grande histoire personnelle n’est au fond qu’une chaîne de petites histoires. Nous sommes parfois blessés par notre propre histoire et par la vie. Néanmoins dans cette chaîne le dénouement de chacune des petites histoires constitue en même temps un signal de démarrage pour un nouveau départ, une nouvelle histoire et une autre épopée. Mon histoire avec l’Université Antonine était pathétique, radieuse et féconde. S’il est vrai que l’amour se juge par le don constant et triomphant de tout, je peux dire que mon histoire avec l’Université Antonine a été une grande histoire d’amour. Comme toutes nos histoires d’amour, elle est brève et immortelle.
Cette histoire, elle vient d’avoir son épilogue. L’Évangile nous recommande dans ce cas-là de ne pas nous arrêter pour regarder en arrière. C’est inutile. Il serait plus sage et plus salutaire de confier le passé à la miséricorde du Seigneur. Je ne regarde donc pas en arrière.
Là aussi je m’inspire de l’Evangile qui m’invite à prendre le chemin du grain de blé, tombé en terre et qui meurt. Nous laissons à d’autres, aux moissonneurs, le soin de cueillir les épis et nous nous orientons vers d’autres champs pour y semer et livrer à la mort d’autres grains…
Je parlais tout à l’heure de notre rencontre ce soir. Je disais que je suis ému, mais pas seulement ému, je suis surtout surpris et frustré par votre initiative. J’ai l’impression d’avoir été pris au dépourvu. En effet je n’étais pas du tout convaincu ni de l’opportunité, ni de l’équité de cette initiative et de cette manifestation. En plus, je ne vous le cache pas : pour une fois, je n’avais pas du tout envie de parler ; j’avais de la réticence à prendre ici la parole. Je savais en effet que ma parole n’y sera point le discours adéquat.
L’occasion qui nous réunit ce soir, dans l’Aula Magna de l’Université Antonine, est la célébration d’un festival où l’on exalte la parole, le logos, la langue, - les langues - l’éloquence, le discours etc… Il sied mal que, sous l’égide d’une telle manifestation culturelle, je viens introduire, mal à propos, une note discordante.
Les efforts de Cynthia, - des Cynthia ! – de tous ceux qui, comme elle, s’acharnent à vouloir, construire des ponts entre cultures, langues, idiomes et ethnies, sont louables, il n’y a pas de doute ; mais hélas ! ils sont vains. L’humanité en effet est de son coté déterminée à récidiver dans son péché originel et dans sa folle entreprise d’ériger incessamment de nouvelles tours de Babel ; des tours toujours plus hautes, toujours plus étanches, toujours imperméables. Des tours qui continuent à semer le malentendu entre les humains. Dans tous les dialogues, partout dans le monde et pas très loin de chez nous, pas très loin de notre place de l’Etoile, le quiproquo est le chef d’orchestre dans ces dialogues. Il est inévitable dans ce cas-là que la cacophonie prédomine.
Par ailleurs nous connaissons tous le fameux oracle de Boileau : « Ce qui se conçoit bien, s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ». Modestement j’exprime ma réserve à l’endroit de cet adage de Boileau. Salva reverentia. Je m’en désolidarise.
À l’encontre de la thèse de Boileau je me permets en effet d’avancer une antithèse, celle de l’expérience de tous les jours.
Je me permets de rappeler au grand Boileau que notre expérience nous montre que les grandes douleurs sont muettes ; les grandes joies aussi. Elles ne se traduisent pas ; « elles ne s’énoncent point clairement » et pour les dire nous n’avons pas « de mots » ; l’expression la plus éloquente les manque et les rate.
Les fortes émotions, aucun « mot » ne peut les contenir ou les retenir ; elles débordent tout « mot » et de tous les cotés.
C’est mon cas ce soir. Je me réfugie donc dans le silence. N’en déplaise à Maître Boileau ! je me contente d’un simple petit mot : Merci !
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