| En présence de S.E.M. Damien KATTAR
Ministre des Finances, de l’Économie et du Commerce
L’Université Antonine
Département de Formation Continue
a le plaisir de vous inviter à
une conférence de presse
pour l’annonce de la mise en place de l’enseignement à distance du Programme e-MI@GE
(Méthodes Informatiques Appliquées à la Gestion des Entreprises)
Diplômes de licence et de mastère
délivrés par l’Université Paul Sabatier, Toulouse – France
ou par l’une des 20 autres universités françaises membres du Consortium MIAGE
Date : Vendredi 17 juin 2005, à 10h30
Lieu : Université Antonine, Auditorium de la Faculté d’Ingénieurs, Hadath-Baabda
Mot d’introduction du Père Fady FADEL
Secrétaire Général de l’Université Antonine
M. le Ministre Damien Kattar, représentant de S.E.M le Président de la République,
M. le Conseiller Frédéric Clavier,
Révérend Père,
Honorables invités,
Permettez moi d’exprimer l’honneur et la fierté que ressent l’Université aujourd’hui grâce à la présence parmi nous de S.E.M. Damien KATTAR.
Il est l’enfant chéri, le conseiller, le fin stratège, l’économiste et surtout l’ami fidèle des Antonins et le visionnaire sage que nous écoutons insatiablement.
Je souhaite adresser également notre plus sincère amitié au plus dynamique et généreux des parrains français de l’Université Antonine, M. Frédéric CLAVIER Conseiller de Coopération et d’Action Culturelle à l’Ambassade de France, pour son appui indéfectible à l’Université Antonine. Il incarne merveilleusement l’esprit de la Francophonie et le travail remarquable de la France dans son rayonnement culturel et démocratique.
En tant que Secrétaire Général, il me tient toujours à cœur de situer nos actions dans le temps et l’espace et de rappeler certains engagements fondamentaux de notre mission dans l’enseignement supérieur, dont un capital important que constitue la formation continue.
1- Le temps : signifie pour nous la vie ou la mort, le renouvellement ou l’obsolescence, une éducation pertinente ou non adaptée aux besoins de la nation et aux progrès économiques, sociaux, culturels et politiques. Dans le temps, La formation continue est le facteur de changement radical dans la mission de l’enseignement supérieur qui lui permet de rester organiquement flexible. Elle permet en outre une plus grande diversité des institutions, des structures, des curricula, et une remise en question de la didactique et des moyens technologiques dans le processus d’apprentissage.
La formation continue est une anticipation des besoins de développement d’une société et de ses individus, et elle doit répondre aux besoins des adultes dans une société basée sur le savoir et un marché du travail largement modifié par la mondialisation et les mutations technologiques majeures.
L’enseignement supérieur n’est qu’une partie d’un projet global de la formation continue pour tous.
2- L’espace : signifie pour nous la transversalité à travers la coopération.
La coopération avec le monde du travail et de l’entreprise s’impose dans des systèmes économiques basés certes sur le savoir et son application mais surtout sur l’analyse et la manipulation de l’information. Dans les pays développés, la France par exemple, les stages professionnalisés et les échanges de personnel entre l’entreprise et les institutions d’enseignement supérieur permettent une plus grande connaissance des pratiques du travail.
Il y a aussi une demande sociale accrue à l’égard de l’Université et un consensus autour de la nécessité d’accroître le niveau de compétence et de qualification. Afin de répondre aux exigences du monde du travail, les institutions doivent systématiquement prendre en considération les tendances du monde du travail et des secteurs scientifiques, technologiques et économiques. Les instances de l’enseignement supérieur et le monde du travail doivent développer et évaluer ensemble les méthodes d’apprentissage et les programmes de formation continue de relais.
Enfin, je souhaite conclure ce mot très bref en rappelant que l’UPA a déjà développé des programmes de formation continue en « présentiel », lesquels programmes s’inscrivent dans un cadre de complémentarité avec des diplômes déjà obtenus : 1- en implantant en son sein une académie régionale CISCO pour les professionnels du monde des Réseaux ; 2- la mise en place du Programme européen de Préparateur physique à l’Institut d’Éducation Physique et Sportive, et 3- un Diplôme d’Études Spécialisées en Sciences de Prothèse Dentaire.
L’innovation aujourd’hui est dans l’immense plaisir d’annoncer la mise en place du Programme e-MI@GE, formation continue ouverte à distance.
Bon vent à nous tous dans cette belle aventure.
Merci de votre présence.
Intervention du Père Louis ROHBAN
Recteur de l’Université Antonine
Avec joie, avec gratitude et respect, je salue tous les présents. Je salue en particulier Monsieur le Ministre des Finances, de l’ É conomie et du Commerce. Sur cette colline antonine, Damien Kattar n’est point un hôte. Il est des nôtres, et depuis des années. Il a toujours contribué, et très largement, et avec beaucoup d’amour, à faire de cette Institution ce qu’elle est, un haut lieu de culture d’éducation et d’activités sociales bénéfique. Avec lui, Messieurs, surtout parmi vous les représentants des médias, vous allez être les témoins d’un remarquable exploit que notre jeune Université réalise en créant un centre, unique au Proche-Orient, pour lancer l’opération de l’enseignement à distance.
En créant ce Centre, nous aidons le Liban à s’acquitter de sa vocation historique de tribune et d’école pour l’Orient.
Un vénérable Oracle, dans la culture arabe et islamique, incite à rechercher le savoir partout sur la terre, même si, en vue de cela il faut aller jusqu’au bout du monde :
" أطلب العلم ولو في الصين "
« Jusqu’en Chine », Recommande un tel Oracle.
Avec e-learning, la tâche est facilitée énormément. Tu ne dois plus te déranger pour sortir de chez toi et te mettre à la poursuite de du savoir ; désormais c’est ce dernier qui accourt lui-même vers toi pour se mettre à portée de main.
Je souligne donc l’urgence et la pertinence de l’entreprise de e-learning, l’enseignement-à-distance .
Dans notre monde moderne en effet, les flots de l’apprentissage irriguent tous les aspects de la vie contemporaine. On est É tudiant au cours de la jeunesse, oui ! Mais en principe on le reste toute sa vie ; on est étudiant pour la vie : apprentissage pour se perfectionner dans son propre métier, la formation continue, comme on dit, apprentissage pour et par les loisirs, apprentissage pour le plaisir d’apprendre… tout cela s’insère dans un processus d’interaction croissante entre l’apprentissage et la vie. Il élargit considérablement l’éventail de la catégorie : É tudiants ; cette catégorie déborde désormais les capacités de l’université habituelle. Il est urgent donc de redéfinir la stratégie et les méthodes de l’enseignement universitaire. Le régime universitaire classique était le monopole d’une classe restreinte. Il contribuait ainsi à creuser de nouveaux fossés à l’intérieur de la société civile et à rendre plus évidentes les lignes de démarcation entre classes.
Aujourd’hui plus que jamais, il nous faut parvenir à une équitable redistribution de l’apprentissage. A cet effet les Universités sont appelées à repenser leur stratégie.
Tel est, à mon sens, l’intérêt de ce genre d’enseignement à distance qui a la capacité d’aider les personnes à opérer une migration magique pour rejoindre l’autre là où il est, et rapprocher ainsi les hommes les uns des autres.
Sur la scène mondiale, on avait lancé, il y a quelques années un leitmotiv très ambitieux : EFA, Education For All. Un tel programme pertinent requiert un corollaire : UFA, University For All , et l’Enseignement à distance est un moyen idéal pour le réaliser.
Toutefois, en ma qualité d’académicien, en ma qualité surtout de recteur d’une université, il ne m’est pas permis d’omettre certaines réserves sur cette innovation qui s’imposent :
Les bienfaits indéniables de l’Enseignement à distance ne sauraient, en effet, nous faire oublier les excès, les écueils et les risques d’une telle entreprise. Devant la ruée vers le nouveau et les exagérations ambiantes une alerte s’impose.
Parmi les risques, je souligne trois ; je les considère comme les principaux :
A) L’université, tout en étant un atelier, un laboratoire du savoir, est en même temps, et par définition, un lieu de rencontre ; rencontre non seulement des idées et des théories, mais également des personnes : d’opérateurs, de chercheurs, d’étudiants, d’enseignants etc. Ce dernier type de rencontre n’est-il pas esquivé dans le régime de l’enseignement-à-distance ? Celui-ci en effet élude le contact humain immédiat entre É tudiant et Professeurs, entre É tudiant et É tudiant et É tudiant et Direction. La trame humaine, riche et diverse du campus universitaire est une expérience unique ; elle est très féconde. Elle est d’une importance capitale pour la réalisation des objectifs de l’entreprise universitaire et de l’éducation en général. L’interaction entre ces divers éléments du monde universitaire constitue une dialectique essentielle qui aide ce même monde à remplir ses fonctions intellectuelles et sociales. Dans l’enseignement-à-distance le social disparaît au profit du virtuel.
Le malheur de l’homme d’aujourd’hui lui vient de ce qu’il est voué à une solitude implacable. On est seul, même parfois au sein d’une famille. Le téléviseur est un petit écran ; mais, pour parler en termes de rapports familiaux, il constitue un écran gigantesque qui cloisonne les membres du même foyer. L’enseignement-à-distance ne risque-t-il pas d’enchérir dans le même sens ?
Si l’on préconise un nouveau type d’enseignement, cela ne veut point dire qu’on décrie pour autant le schéma classique traditionnel ou qu’on démantèle ce qui s’était construit et qui a donné preuve de sa validité
Dans le même ordre d’idée, signalons que, dans toutes ces innovations, et dans les trouvailles de la technologie appliqués à l’endroit de l’enseignement, il y a toujours le risque de déformer la vocation originelle de l’Université, d’en faire une question de marché o ù le souci de rentabilité mène le jeu, et o ù la flexibilité du marché de l’emploi régit notre comportement à l’égard de l’Étudiant qui devient un produit compétitif .
B) Dans l’enseignement classique le message est important, mais le messager ne l’est pas moins ; or il se trouve que ce dernier, dans l’enseignement-à-distance est complètement relégué au second plan. Les deux pôles du dya-logue ne sont plus deux personnes, mais plutôt deux ordinateurs.
C) L’on ne cesse de répéter que, grâce aux moyens titaniques des médias et de la technologie moderne, le monde – je dirais même le cosmos – ne cesse de rapetisser ; il s’est réduit désormais aux dimensions d’un village. Dans le cadre du village, on a tous les villageois à portée de main ; pas d’inconnu, pas de mystérieux, pas d’hétérogène, pas d’infranchissable. Tout le monde est au courant de tout, car un simple bruit a vite fait de circuler dans tout le village.
En contrepartie, pour douce, pathétique et romantique qu’elle soit, la vie dans le village ne manque pas d’avoir ses misères et ses mesquineries. Avec un cosmos rétréci, sans horizons, sans mystère, sans au-delà, sans perspective, et sans arrière-fond d’inconnu… on étouffe.
Voilà l’origine du malaise existentiel qui affecte l’homme d’aujourd’hui. Il ne peut compter sur un secours qui lui arriverait d’un quelconque au-delà, puisque par hypothèse, cet au-delà n’est nulle part. Dans la société moderne le sens poétique s’est atrophié. Le drame de l’humanité moderne, c’est d’avoir escamoté la distance ; la distance, ce doux espace désert qu’on peuple avec les créatures de l’imagination et de l’art.
L’art et la poésie, pas plus que la mystique et l’éloquence, ne seront jamais des crédits (disciplines qui figurent) dans le bulletin de E-learning.
Et c’est le handicap de E-learning !
Enseigner de loin, quoi et comment ?
Un vieux dicton de chez nous dit qu’il est commode de faire la guerre avec les jumelles, c’est-à-dire de loin, mais c’est une entreprise naïve. A voir avec des jumelles, les détails les plus pittoresques et les plus intéressants vous échappent ; les plus intéressants, mais aussi les plus inquiétants.
Je suis vraiment désolé de terminer avec une note aussi négative ; elle aura peut-être l’avantage de stimuler nos efforts pour soutenir le défi fait à nos universités par l’Enseignement-à-distance et pour limiter, dans la mesure du possible, les dégâts causés par la non présence physique de l’ É tudiant dans le campus universitaire.
Je vous redis mon amitié, la joie et l’honneur pour l’Université Antonine de vous accueillir. Puisse le Seigneur Dieu nous bénir et accorder plein succès à notre Colloque.
Allocution de M. Frédéric CLAVIER
Conseiller de Coopération et d’Action culturelle,
représentant l’Ambassadeur de France S. E. M. Bernard EMIE
Monsieur le Ministre,
Monsieur le Recteur,
Mesdames, Messieurs, chers amis,
C’est pour moi un très grand plaisir que d’être parmi vous aujourd’hui, à l’invitation de l’Université Antonine, et je voudrais saisir cette occasion pour rappeler la vigueur de la relation si intense de coopération et d’échanges, construite autour de cette proximité intellectuelle et affective singulière, qui unit la France et le Liban.
Je me félicite de la tenue de cette conférence de presse que vous organisez, et qui est pour l’Ambassade de France l’occasion :
- de rappeler le caractère stratégique et prioritaire de notre coopération avec le Liban, ce pays ami qui reste notre porte d’entrée naturelle au Proche-Orient ;
- de redire aussi qu’il n’est pas de relation politique forte et durable sans liens de coopération culturelle, éducative, linguistique et scientifique, qui structurent et fondent dans la durée cette relation.
Ces liens exemplaires et historiques se concrétisent aujourd’hui de plus en plus dans le domaine universitaire, qui voit son horizon bilatéral franco-libanais s’élargir à l’espace euro-méditerranéen, qui est désormais l’objectif politique et stratégique de tous les Européens.
C’est la raison pour laquelle l’Ambassade de France organise chaque année des « Rencontres sur la France et le Liban dans l’espace européen de l’enseignement supérieur », pour informer, débattre et entretenir cette foisonnante coopération universitaire.
Cet espace européen de l’enseignement supérieur, désormais bien établi, a considérablement rehaussé l’attractivité des universités européennes, avec la mise en place des architectures de diplômes Licence/Master/Doctorat ou L/M/D, et du système de crédits européens ECTS.
Cet espace intégré permet d’assurer plus d’échanges avec tous les pays et toutes les institutions universitaires qui adoptent ce système.
C’est pourquoi nous encourageons les grandes institutions universitaires du Liban à converger vers l’adoption des architectures européennes, le modèle L/M/D et le système de crédits ECTS. Ce processus d’arrimage répond d’ailleurs à l’évidence à l’intérêt des universités de cette région, dont l’espace euro-méditerranéen constitue le débouché naturel pour la coopération.
Cet espace européen de l’enseignement supérieur, c’est aussi celui de l’apprentissage tout au long de la vie et de la formation à distance.
C’est la raison pour laquelle, dans ce contexte, la mise en place annoncée aujourd’hui d’un Département de formation permanente à la Faculté d’ingénieurs de l’Université Antonine, nous paraît devoir être signalée pour son grand intérêt.
Car cette initiative participe, dans son domaine, de l’édification de cet espace euro-méditerranéen de l’enseignement supérieur que nous appelons de nos vœux.
Plus concrètement, elle permettra à des étudiants libanais, en formation continue et à distance, par la coopération entre l’Université Antonine et le consortium « international e-MI@GE » regroupant une vingtaine d’universités françaises, d’obtenir un prestigieux diplôme français de licence ou de master en Méthodes Informatiques Appliquées à la Gestion des Entreprises.
Ce diplôme français est parfaitement reconnu et apprécié dans les milieux économiques et industriels. Il répond, dans un domaine spécifique qui est celui de l’ingénierie informatique, à la fois aux nouveaux impératifs des marchés de la formation et de l’emploi en France et en Europe.
Plus généralement, à l’heure de la globalisation des échanges électroniques, le développement, ouvert à la coopération avec nos partenaires, d’une offre française et européenne de formations à distance, peut permettre de contribuer à résoudre certains défis auxquels sont actuellement soumis nos systèmes éducatifs, et j’en citerais trois :
- la massification des besoins de formation initiale et continue, bien supérieure aux actuelles possibilités de financements publics et privés ;
- la demande d’individualisation des apprentissages et celle d’offres de formation de plus en plus pointues répondant à des besoins de plus en plus spécifiques et renouvelés, en particulier dans le domaine informatique ;
- la réduction des inégalités devant l’accès aux savoirs.
Les enjeux du développement de l’apprentissage tout au long de la vie et de la formation à distance sont d’autant plus importants, pour la France, pour l’Europe, et aussi pour le Liban, que le développement mondial de la société de l’information porte en lui, en germe, un risque de réduction de la variété de l’offre de formations, voire un risque de perte de la maîtrise culturelle et économique des contenus de nos propres systèmes de formation.
C’est pourquoi nous avons la conviction qu’il faut s’attacher à promouvoir, avec volontarisme et en coopération, une offre francophone de formation multimédia à distance, qui soit un vecteur des valeurs cardinales de la francophonie de respect de l’autre, d’ouverture et de dialogue, auxquelles nous aspirons tous.
Les formations à distance constituent à n’en pas douter un moyen de lutte contre les inégalités, de démocratisation de l’accès au savoir universitaire et de promotion par la formation continue.
Pour autant, selon notre conception, leur développement doit s’accompagner de la mise en place d’une véritable protection des « formés », sous la forme d’assurances de la qualité des diplômes délivrés et de leur accréditation.
Il faut certes encourager le développement de formations multimédia à distance de qualité, comme celle qui est présentée aujourd’hui à l’Université Antonine. Mais il convient en parallèle pouvoir éviter que ne puissent se produire des dérives ou des abus, par la multiplication de produits commerciaux de qualité très variable, sur un marché ouvert et perçu comme étant largement lucratif.
C’est pourquoi il est impératif, aujourd’hui dans l’espace européen de l’enseignement supérieur, demain dans son prolongement euro-méditerranéen, que les pouvoirs publics, tout en encourageant le développement de formations multimédia à distance, encadrent et régulent ce marché en développement, en garantissant, par la certification, une offre de qualité répondant avant tout à l’intérêt des personnes formées.
Je terminerai en félicitant la jeune Université Antonine pour le dynamisme de sa Faculté d’ingénieurs, dont la présence au sein du consortium « International e-MI@GE » constitue, à n’en pas douter, une reconnaissance éclatante de la qualité de l’offre de formation qu’elle a su développer.
Je vous remercie de votre aimable attention.
Allocution de S.E.M. le ministre Damien Kattar
Ministre des Finances, de l’Économie et du Commerce
Avant de rentrer dans cette salle, le Révérend Père Recteur Louis Rohban a lancé un débat très profond qui laisse entrevoir un conflit d’idées.
Vous savez, il a observé pendant plusieurs années l’évolution de l’Internet et il s’est posé la question suivante : « est-ce que c’est un conflit entre la puissance de l’homme en tant qu’innovateur ou la puissance de Dieu en tant que créateur ? ».
À ce niveau de la pensée, le Révérend Père a pris peur et il a analysé les trois risques.
Mais M. Pierre Gédéon a vite fait de récupérer les trois risques, d’abord pour sauver le contrat avec l’AUF, ensuite pour marquer l’engagement de l’Université Antonine vis-à-vis du projet e-MI@GE.
En réalité, les Antonins sur cette colline sont plus engagés qu’on ne le pense.
Malgré le fait que je n’ai point eu de temps pour rédiger un discours pour l’occasion, il me plait quand même de commenter quelques idées clés que j’ai recueillies dans les différentes interventions.
Mais tout d’abord un message d’encouragement pour les jeunes qui s’impliquent dans ce projet ambitieux (j’ai moi-même été en quelque sorte étudiant à distance, puisqu’au CNAM (Conservatoire National des Arts et Métiers) les examens nous parvenaient de France et les corrections prenaient le même chemin).
La jeunesse lLibanaise traverse trois crises majeures : les traditions familiales, le problème identitaire compliqué par la nécessité de survie dans un climat social et politique précaire, et enfin l’espace transnational qui nous envahit à travers les produits commerciaux, les médias et la publicité. Cette jeunesse que je remercie d’être venue nombreuse au rendez-vous aujourd’hui, se pose plus que jamais la question de reconstruire une identité face à ces trois dimensions de vie. Les problématiques épineuses sont les suivantes :
- au niveau de la tradition : le concept de l’enseignement à distance paraît révolutionnaire ; il implique en outre un isolement et il ne connaît pas au Liban de structure légale.
- au niveau de la survie : la survie d’un être dans un climat social et politique conflictuel est rendue difficile par la durée du climat déstabilisant qui ôte tout espoir de la normalisation. Avoir accès à l’enseignement à distance sans volumes horaires précis, s’accommode-t-il avec des crises socio-économiques sévères ?
- au niveau de la mondialisation : le phénomène est irréversible et inéluctable. Quels sont les moyens pour affronter cette mondialisation ?
Chers amis les jeunes,
Vos éducateurs Antonins ont toujours émis des réserves contre la mondialisation sauvage, sans toutefois dénier les progrès humains en technologie et en sciences.
Peter Drucker, un grand architecte de la stratégie mondiale a défini l’Internet comme étant : « l’évolution de la révolution de l’imprimante ». Il fait allusion au contenu des pages d’Internet.
Entre l’élan passionné de M. le doyen Pierre Gédéon et les réserves du père Recteur, un juste milieu s’impose. Et, le refus catégorique basé sur la peur de perdre le contact humain en éducation devrait être pondéré par la recherche de l’identité de l’étudiant Libanais.
Mais l’éducation est à la base de toutes les solutions à la crise d’identité de la jeunesse. Blachard disait : « Si l’image est l’aube de la parole, je me permettrais d’ajouter que l’éducation est l’aube de la réforme ».
L’une des expériences pathétiques de mon mandat ministériel, est une photo que j’ai prise d’un fonctionnaire qui fumait impunément le cigare le matin dans son bureau, en regardant la télévision. Quelle réforme espérez vous engager en présence de nullités pareilles ? Les exemples de ce genre abondent dans l’administration publique.
Mais la présence de la jeunesse, surtout quand elle fait preuve de motivation et d’ambition tranquillise. Ce projet franco- Antonin fruit d’une collaboration fructueuse avec l’AUF, est le témoin de la résistance de l’esprit Antonin face aux tourmentes et au défaitisme. Permettez-moi donc de reprendre à mon compte : « l’éducation ici sera l’aube de la réforme ».
Le Premier Ministre Mahatir, répondant sur le secret de la réussite de la réforme en Malaisie malgré l’absence de ressources a dit : « Un mot-clé : l’éducation ».
Cette éducation, pour reprendre les paroles de M. Lionel Jospin dans un discours Européen, qui ne s’arrête jamais s’appelle la formation à vie.
Elle permet ainsi, si elle est bien conduite, de répondre à des défis majeurs : la concurrence dans le travail, la productivité, la compétitivité. Bref, tout ce qui constitue la différence entre un vrai professionnel et un autre aux compétences dépassées.
Dans le cadre de mon travail, j’ai essayé de sous-traiter un million d’heures de software au profit du Liban à destination du Canada. Le devis le moins cher s’élevait à onze dollars, contre quatre pour Dubai et deux et quart pour l’Inde. Nous ne laisserons pas l’Informatique pour autant. J’ai présidé au cours de mon mandat ministériel une cérémonie de remise de prix aux ingénieurs des meilleurs web sites. Les récompenses des dix huit innovateurs furent décernées aux libanais.
Le Liban compte onze couturiers pionniers dans la haute couture mondiale !
La jeunesse est la ressource principale du capital libanais ; elle devrait orienter ses efforts pour réussir une formation spécialisée de haut niveau et être entreprenante.
Fidèle à cette optique, j’ai eu à cœur d’inclure le volet jeunesse dans mes négociations avec la Banque Mondiale, la Communauté Européenne, l’Ambassade de France et l’Ambassade des États-Unis. Tous les accords de développement durable et tous les projets de réforme prendront désormais en considération l’accès au financement de la jeunesse porteuse d’un projet viable et productif. La réforme et le développement sont inclus dans une stratégie politique gouvernementale s’étendant sur vingt ans et ne constituent pas seulement un chapitre du budget de l’État.
Ensuite, j’ai démontré à quel point la petite et moyenne entreprise était significative dans l’économie du Liban. C’est sa capacité réelle, et l’État se doit d’alléger les dettes des PME au nombre total de 168, dont la moitié sont confuses ou franchement en détresse.
Pour l’histoire, à l’École des Lettres en 1960, la question d’examen de quatre pages sur quatre heures impliquait une réponse : l’Italie, pays pauvre mais dynamique, a réussi grâce à une nouvelle politique de gestion de ses PME.
Mes chers amis,
Le gouvernement prochain aura la tâche historique de soutenir l’aide internationale tout en engageant les réformes nécessaires. Avec le Premier Ministre nous avons réalisé à quel point les négociations devraient être en « V » et non en « T ». Cela veut dire que le gouvernement doit négocier avec l’International et le parlement. Et la stratégie de réforme doit être étalée sur 5 ans.
En guise de conclusion, le consensus de Beyrouth prôné par le Premier Ministre, et soutenu par la France et la Communauté Internationale a de grandes chances d’aboutir si les jeunes libanais gardent le savoir et s’efforcent d’être concurrents.
Bill Gates a lancé son entreprise sans licence d’étude, mais fort de ses idées, et aidé par un financement adéquat et des législations modernes, il la voit maintenant propulsée vers le haut. Il a écrit en 1999 : « Je ne sais pas qui va contrôler ou manipuler l’information, mais je peux vous dire que celui qui maintient le savoir par l’information et qui manipule le pouvoir par l’information va dominer et gagner ».
Soyez les jeunes du savoir. Et que Dieu vous donne le succès et la réussite dans vos entreprises !
Merci.
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